Qu’est-ce que le gin ?
Le gin est une eau-de-vie aromatisée principalement avec des baies de genièvre. Le mot « gin » vient d’ailleurs du français genièvre et du néerlandais jenever. D’abord utilisé comme remède médicinal, il devient très populaire en Angleterre aux XVIIe et XVIIIe siècles.
En réalité, son origine se trouve aux Pays-Bas, où il descend directement du genever, un alcool de grain infusé au genièvre, apprécié dès le XVe siècle. L’essor du gin anglais vient plus tard, lorsque l’Angleterre interdit les spiritueux étrangers et développe sa propre version.
Aujourd’hui, le gin bénéficie d’un vif regain d’intérêt, notamment grâce aux cocktails modernes comme le Gin Tonic. On trouve des gins secs, herbacés, floraux, fruités, puissants ou doux : un univers riche et passionnant.
Fabrication et composition du gin
Pour produire du gin, on part d’une base d’alcool neutre, issue le plus souvent de céréales (blé, orge, seigle, maïs), mais parfois aussi de betterave, de pomme de terre ou de mélasse. Cet alcool très pur sert de canevas à l’aromatisation.
Les règles sont simples :
- L’alcool doit être d’origine agricole.
- Le genièvre doit dominer le profil aromatique.
- Le gin doit titrer au minimum 37,5 % d’alcool.
Les distillateurs ajoutent ensuite les botaniques de leur choix : coriandre, angélique, agrumes, épices, herbes, fleurs, etc.
Étapes principales de fabrication
- Distillation de l’alcool neutre – On distille une première fois la matière première fermentée pour obtenir un alcool blanc, neutre et pur.
- Aromatisation – On macère les baies de genièvre et les autres aromates dans cet alcool et/ou on les suspend dans l’alambic pour une infusion à la vapeur.
- Redistillation – On redistille l’alcool aromatisé et l’on ne conserve que le “cœur” de la distillation, la partie la plus noble et aromatique.
- Dilution et filtration – Le distillat, très concentré (souvent autour de 70 % vol), est dilué avec de l’eau pure pour atteindre le degré final (généralement 40–50 %). Une légère filtration permet d’ôter les impuretés.
- Repose – Avant la mise en bouteille, le gin peut reposer quelques semaines pour harmoniser ses arômes.
La macération donne de la profondeur, tandis que l’infusion à la vapeur préserve les notes les plus fraîches et volatiles. Beaucoup de distilleries combinent les deux méthodes.
Les différents styles de gin
Voici les principaux styles de gin à connaître, du plus classique au plus créatif.
Gin d’aromatisation simple (Compound Gin)
Le compound gin, ou gin par aromatisation à froid, est le procédé le plus simple. On mélange un alcool neutre avec des essences ou extraits de plantes, sans étape de redistillation.
Le gin obtenu est souvent moins complexe et moins raffiné, mais il est rapide et peu coûteux à produire. Le fameux « Bathtub Gin » de la Prohibition américaine en est un exemple historique. Aujourd’hui, ce style reste rare et plutôt réservé à quelques productions artisanales.
Gin distillé (Distilled Gin)
Le gin distillé est la catégorie reine. L’alcool neutre est redistillé en présence de botaniques, dont le genièvre, qui doit rester dominant.
Aucun arôme artificiel n’est ajouté après coup, sauf éventuellement une touche naturelle pour peaufiner le profil. Le résultat est un gin sec, clair et aromatique. La plupart des bons gins du marché appartiennent à cette famille.
London Dry Gin
Le London Dry Gin est sans doute le style le plus célèbre. Il ne s’agit pas d’une appellation géographique, mais d’un procédé de fabrication très strict.
- Toutes les botaniques sont distillées ensemble dans l’alambic.
- Aucun ajout d’arômes après la distillation, uniquement de l’eau pour ajuster le degré.
- Une quantité de sucre très faible est autorisée (moins de 0,1 g/L).
On obtient ainsi un gin sec, pur, dominé par le genièvre, avec des notes d’agrumes et d’épices. C’est le style de référence pour les grands classiques comme le Gin Tonic, le Dry Martini ou le Negroni.
Plymouth Gin
Le Plymouth Gin est historiquement lié à la ville de Plymouth, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Par son procédé, il se rapproche du London Dry, mais il offre un profil légèrement différent.
Il est généralement moins sec et plus moelleux, avec des saveurs plus douces et terreuses, souvent grâce à une proportion plus élevée de racines (angélique, orris) et des écorces d’agrumes généreuses. Il donne des Martinis très suaves et des cocktails équilibrés.
Old Tom Gin
Le Old Tom est un style de gin anglais des XVIIIe–XIXe siècles, considéré comme le pont entre le genever et le London Dry.
Il se caractérise par une légère douceur. Historiquement, on ajoutait du sucre après distillation pour adoucir le spiritueux. Aujourd’hui, le Old Tom propose un profil légèrement sucré, aux arômes ronds de genièvre, d’épices douces et parfois de réglisse ou de miel.
Ce style est parfait pour les cocktails vintage comme le Tom Collins ou le Martinez, et se déguste aussi très bien sur glace.
Genièvre (Jenever)
Le genièvre, ou jenever, est l’ancêtre du gin. Originaire des Pays-Bas et de Belgique, c’est un spiritueux traditionnel à base de vin de malt (un distillat de céréales maltées) redistillé avec du genièvre et d’autres botaniques.
Contrairement aux gins modernes produits à partir d’alcool neutre, le genièvre conserve un caractère malté, plus rustique et proche d’un jeune whisky.
On distingue principalement deux styles :
- Oude (vieux) : proportion élevée de vin de malt, robe dorée, goût riche, malté et légèrement boisé.
- Jonge (jeune) : plus léger, plus clair, avec une saveur plus neutre où dominent le genièvre et l’alcool de grain.
Le genièvre est généralement moins aromatique qu’un gin London Dry : moins d’agrumes et d’épices, davantage de céréales et de genièvre en douceur. C’est une belle découverte pour les amateurs curieux.
Navy Strength Gin
Le Navy Strength est un gin au degré d’alcool très élevé, en général autour de 57 % ou plus.
Historiquement, ce degré était utilisé dans la marine britannique pour s’assurer qu’en cas de contact avec la poudre à canon, celle-ci puisse toujours s’enflammer. Aujourd’hui, ce style est apprécié pour son intensité : saveurs de genièvre, d’agrumes et d’épices très concentrées, grande longueur en bouche.
Un Navy Strength Gin est idéal pour des long drinks puissants, des punches ou des Gin Tonic très aromatiques.
New Western Gin (Gin contemporain)
Au tournant du XXIe siècle, l’essor des micro-distilleries a vu naître une nouvelle génération de gins souvent appelée New Western Dry Gin ou gins contemporains.
Leur particularité : le genièvre passe souvent au second plan au profit d’autres botaniques dominantes, par exemple le concombre et la rose, le yuzu, la fleur de cerisier, le pin, le romarin, la lavande, etc.
Il n’y a pas de règle stricte, sinon celle d’être un gin distillé à la personnalité marquée. Ce style séduit un public parfois rebuté par le goût très sec du gin traditionnel et offre une immense diversité de profils floraux, fruités ou épicés.
Gin vieilli en fût (Yellow Gin)
Le gin vieilli, ou Yellow Gin, est un gin qui a passé du temps en fût de bois, souvent des barriques ayant contenu du whisky, du bourbon ou du vin.
Le contact avec le bois apporte une teinte dorée et des notes de vanille, de caramel, de bois toasté, tout en conservant la trame de genièvre. Le résultat se situe entre un gin classique et un whisky léger.
Ces gins se dégustent très bien purs ou sur glace et apportent une dimension intéressante aux cocktails, par exemple dans un Negroni revisité.
Gins aromatisés, Pink Gin et Sloe Gin
Les gins aromatisés regroupent les gins dont le profil est dominé par un ajout aromatique spécifique (souvent fruité) ainsi que certaines liqueurs à base de gin.
Gins aromatisés et Pink Gin
Stricto sensu, un gin aromatisé reste un gin distillé auquel on ajoute des ingrédients supplémentaires (fruits rouges, agrumes, plantes, fleurs…) qui modifient la couleur et la saveur.
Le Pink Gin, ou gin rose, est un exemple très populaire : il est souvent infusé avec des fraises, des framboises, de la groseille ou des fleurs (rose, hibiscus), ce qui lui donne une teinte rose et un goût plus doux et fruité. Le genièvre est parfois plus discret, mais toujours présent en toile de fond.
Sloe Gin
Le Sloe Gin est souvent rangé parmi les types de gin, bien qu’il s’agisse en réalité d’une liqueur à base de gin.
On le prépare en faisant macérer des prunelles (baies de l’épine noire) avec du gin et du sucre pendant plusieurs mois. On obtient un nectar rouge rubis, sucré, fruité, titrant autour de 25–30 % d’alcool.
Le Sloe Gin se déguste pur, légèrement frais, ou en cocktail, par exemple dans un Sloe Gin Fizz.
Tableau récapitulatif des principaux styles
| Style de gin | Profil typique | Degré d’alcool | Idéal en... |
|---|---|---|---|
| London Dry | Sec et net, dominé par le genièvre avec des notes d’agrumes et d’épices classiques | ~40–47 % | Cocktails classiques (Gin Tonic, Dry Martini, Negroni) |
| Plymouth | Équilibré et rond, genièvre plus doux, nuances terreuses et herbacées, touche citronnée | ~41–43 % | Martini onctueux, Gin Sour délicat, dégustation pure |
| Old Tom | Légèrement sucré, texture moelleuse, arômes de genièvre adouci, d’épices douces et d’agrumes confits | ~40–45 % | Cocktails vintage (Tom Collins, Martinez) ou sur glace |
| Genièvre | Rustique et malté, notes de céréales, genièvre discret, bouche souple rappelant un jeune whisky | ~35–40 % | Pur bien frais, bière en chasseur (Kopstootje), cocktails historiques |
| Navy Strength | Puissant et corsé, explosion de genièvre, d’agrumes et de poivre, grande longueur en bouche | 57 % et plus | Long drinks intenses, punches, Gin Tonic très aromatique |
| New Western | Créatif et moderne, genièvre en arrière-plan, profil variable (floral, fruité, épicé selon la recette) | ~40–46 % | Cocktails innovants, dégustation pure pour apprécier les notes atypiques |
| Gin aromatisé (Pink, etc.) | Original et parfumé, saveurs dominantes de fruits ou plantes spécifiques, douceur variable | >=37,5 % | Gin Tonic gourmand, cocktails créatifs sucrés |
| Sloe Gin | Liqueur de gin fruitée, très sucrée, arômes de prune sauvage, couleur rouge rubis | ~25–30 % | Digestif sur glace, Sloe Gin Fizz, dessert (sur une glace vanille par exemple) |
NB : les valeurs de degré d’alcool sont indicatives et peuvent varier selon les marques.
Conseils de dégustation du gin
Température et verre
Préférez déguster le gin pur à température ambiante, dans un verre adapté. Un petit verre tulipe (ou verre à whisky) est idéal car sa forme resserrée concentre les arômes volatils.
Vous pouvez rafraîchir légèrement la bouteille, mais évitez de servir le gin glacé, au risque d’anesthésier ses arômes.
Approche olfactive
Versez 2–3 cl de gin dans le verre. Approchez doucement le nez du col du verre et inspirez par petites touches. Essayez d’identifier d’abord le genièvre, puis les agrumes, les herbes, les épices, les fleurs…
Dégustation pure en bouche
Prenez une petite gorgée et faites-la tourner en bouche. Laissez le gin se mêler à votre salive pour le diluer légèrement.
Observez l’attaque (souvent le genièvre et l’alcool), le milieu de bouche (les botaniques qui s’expriment) puis la finale, c’est-à-dire le goût qui persiste. Selon le gin, cette finale peut être épicée, poivrée, herbacée ou douce.
Ajout d’eau ou de glace
Si l’alcool vous semble trop puissant, vous pouvez ajouter quelques gouttes d’eau plate ou un gros glaçon. L’eau peut “ouvrir” certains arômes tout en adoucissant la brûlure de l’alcool.
Garnitures et accords
Une petite garniture peut sublimer le gin :
- Un zeste de citron ou de pamplemousse pour la fraîcheur.
- Une branche de romarin, de thym ou quelques feuilles de basilic pour le côté herbacé.
- Quelques baies roses, une gousse de cardamome ou un grain de poivre pour le côté épicé.
Côté mets, le gin se marie bien avec les saveurs salées et fumées : olives, amandes grillées, fromages affinés, saumon fumé, etc.
Cocktails incontournables à base de gin
- Gin & Tonic – 5 cl de gin, complétés de tonic bien frais sur glace, avec un zeste de citron vert.
- Dry Martini – 6 cl de gin pour 1 cl de vermouth dry, remués avec de la glace puis filtrés dans un verre glacé, décoré d’une olive ou d’un zeste de citron.
- Negroni – 3 cl de gin, 3 cl de vermouth rouge, 3 cl de Campari, directement sur glace.
- Tom Collins – 5 cl de Old Tom gin (ou London Dry), 2 cl de jus de citron, 2 cl de sirop de sucre, allongé d’eau gazeuse dans un grand verre.
- French 75 – 4 cl de gin, 2 cl de jus de citron, 2 cl de sirop de sucre, secoués avec glace puis complétés de champagne dans une flûte.
Conclusion
Que ce soit pur ou en cocktail, le gin est l’un des spiritueux les plus polyvalents qui soient. Grâce à la diversité de ses styles – du plus sec au plus gourmand – il y en a pour tous les goûts.
À vous de jouer : servez-vous un petit verre de gin, explorez ses nuances, comparez les styles… et comme on dit en anglais, cheers ! Votre voyage dans le monde du gin ne fait que commencer.

